La théière, le temps contenu dans la terre
La Théière, Un Aboutissement Du Geste
La théière est un objet de silence et de lenteur. Elle invite à s’arrêter, à attendre que l’eau frémisse, à verser doucement. Pour moi, créer une théière en grès est un geste profondément joyeux, presque méditatif. Même si à chaque fois, une appréhension m’envahie à l’idée d’un nouveau challenge: faire une théière! C’est un objet exigeant, complet, qui rassemble tout ce que le métier de potier peut offrir de plus juste.

La forme, le geste, l’équilibre
Large ou petite, d’esprit européen ou asiatique, chaque théière raconte une histoire différente. Elle commence sur le tour, dans un mouvement continu, attentif, où la terre s’élève sous les mains. Chaque élément de la théière est patiemment élaboré, pour s’accorder avec le corps. Puis vient le tournassage, moment délicat où la forme se précise, s’allège, trouve son équilibre.




Le grès accompagne merveilleusement ce travail. Sa présence minérale, sa douceur, sa résistance à la chaleur en font une terre idéale pour cet objet du quotidien. Une théière doit être belle, mais surtout agréable à vivre : bien en main, stable, précise au versement. Elle est faite pour servir, encore et encore.
La théière comme exercice
La théière rassemble plusieurs pièces, plusieurs temps, plusieurs gestes. Le corps, le bec, le couvercle, l’anse ou la poignée doivent dialoguer harmonieusement. Rien ne peut être laissé au hasard. C’est sans doute pour cela qu’elle représente, pour moi, un challenge dans le travail du potier.



Aujourd’hui, ces théières sont en cours de séchage. Un moment suspendu, fragile, où la terre n’est déjà plus tout à fait molle, pas encore prête pour le feu. Ce moment de patience ou il faut respecter le temps nécessaire à l’évaporation lente de l’eau présente dans l’argile.
Chaque théière demande beaucoup d’humilité. Elle oblige à ralentir, à écouter la terre, à accepter ce qu’elle propose. Et parfois, invite à écouter son chant!
Apprentissages et rencontres
Mon attachement à la théière s’est construit au fil de rencontres marquantes.
Rasiguères, la naissance d’un lien
Mon premier stage a eu lieu à Rasiguères (66), chez Jean-Marie Giorgio. Un moment fondateur. Là, j’ai compris que certains objets portent en eux une densité particulière. La théière en faisait déjà partie.


Les théières « à la motte », une approche japonaise
Lors d’un second stage dans le centre de formation « PROMETER » proposé par Patricia CASSONE, avec un couple de céramistes japonais Hiroshi et Harui KIKUCHI, j’ai découvert les théières dites « à la motte ». Partant d’une masse de terre plus importante, le grès est creusé lentement, presque comme si la forme était déjà là, enfouie.




La petite théière d’inspiration japonaise est vraiment la bonne copine au quotidien: elle garde le thé vert pour une dégustation ultérieure et délivre ses vertus tout au long de la journée. Le petit filtre est vraiment parfait pour contenir les feuilles dépliées!

Ces théières possèdent une poignée de service, pensée pour un geste précis, fluide, minimal et cérémoniel. Cette approche m’a profondément marquée : une autre relation au temps, au thé, au corps en mouvement.
La finesse d’Hélène Lathoumétie
Le troisième stage, je l’ai réalisé avec Hélène Lathoumétie, dont les petites théières en porcelaine sont d’une grande délicatesse. Dans ce cadre, j’ai choisi de tourner des théières en grès, mêlant robustesse et douceur des formes.
Les petites théières mignonnes inspirées par Hélène sont tellement…adorables


Un objet pour le quotidien
Créer une théière, c’est façonner un objet qui accompagnera des gestes simples et précieux. Verser le thé, partager une table, prendre le temps. Chaque pièce est unique, marquée par la main, par l’instant.



Je me régale à les réaliser.
Encore et toujours.



